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Des terrains de jeu aux salles de réunion : le sport comme levier du leadership féminin

9 janvier 2026

Par Shanat Martin, Janvier 2026.

Près d’une fille sur trois abandonne le sport avant la fin de l’adolescence¹.
Ce chiffre n’est pas qu’une statistique : c’est un signal.

Il représente une occasion manquée de développer des compétences comme la résilience, la prise de décision ou l’esprit d’équipe, des qualités qui permettent de se démarquer dans des environnements exigeants, comme celui de la finance.

Mais si ces jeunes filles quittent trop tôt les terrains de sport, combien de leaders potentielles disparaissent avant même d’avoir eu la chance de se découvrir ?

Car s’il est un domaine où ces qualités sont mobilisées au quotidien, c’est bien la finance.
Et pourtant, ces compétences se construisent bien avant une salle de marché ou un bureau, parfois elles prennent forme dans un aréna, un gymnase ou sur un terrain de soccer.

1.  Le sport : un accélérateur d’opportunités (mais pas une formule magique) 

Le sport demeure l’une des meilleures écoles de leadership, selon Caitlin Rose, associée et cochef du groupe national Capitaux privés chez Fasken, et investisseuse des Roses de Montréal, l’équipe professionnelle de soccer féminin de Montréal.

« Il développe la confiance, la résilience et la capacité à évoluer dans des environnements exigeants. »

Matchs, entraînements, compétitions, médiatisation… ces contextes intensifs multiplient les occasions de se confronter à la pression et de prendre des responsabilités en temps réel. Ces expériences concrètes, dans un cadre collectif où chaque joueuse a un rôle à jouer, créent un terrain d’apprentissage accéléré difficile à reproduire ailleurs. EY note d’ailleurs que 94 % des femmes occupant des postes de direction ont pratiqué un sport².

Mais ce lien direct entre sport et leadership mérite une nuance. Ancienne défenseure professionnelle de hockey, médaillée et aujourd’hui leader engagée, Cassandra Poudrier explique :

« Le leadership ne naît pas automatiquement du sport. Pour moi, le sport agit plutôt comme un amplificateur. Il renforce ce qui est déjà présent. »

Son parcours illustre ce point. Sur la glace, Cassandra a cultivé l’esprit d’équipe, appris à « vraiment jouer ensemble », et ancré un sens profond de l’équité et de la justice. Face au sous-financement du hockey féminin, elle a aussi dû faire preuve d’une grande capacité d’adaptation. Le sport lui a également appris à trouver l’équilibre entre rigueur et flexibilité : savoir structurer, mais aussi savoir lâcher prise.

Les données appuient cette réalité : 67 % des femmes leaders affirment que le sport leur a permis de développer des compétences essentielles, dont la collaboration, la prise de décision et la gestion de la pression⁴.

Pour Cassandra, le sport est un « laboratoire accéléré de développement personnel », révélant un leadership lucide et humain, bien au-delà d’une simple « baguette magique » de leadership.

2.  Pourquoi investir dans les sports féminins est un impératif

Si le sport est un vecteur puissant de leadership, encore faut-il que les jeunes filles puissent y accéder.

Aujourd’hui, moins de 1 % des budgets de commandites sportives sont consacrés au sport féminin³. Ce sous-financement limite l’accès, fragilise les structures et réduit la qualité des programmes.

L’une des conséquences ? Près de 60 % des filles quittent le sport avant 16 ans⁵, souvent par manque de ressources, de visibilité ou de soutien.

Pour Caitlin Rose, investir dans le sport féminin est à la fois un choix stratégique et un engagement porteur de sens :

« Le sport féminin est à un moment charnière. L’audience augmente, l’intérêt des commanditaires aussi, et l’engagement des communautés n’a jamais été aussi fort. Comme dans tout marché émergent, un investissement structurant peut agir comme un catalyseur. »

Elle souligne toutefois que la jeunesse de l’écosystème représente encore un frein :

« Il est important de rendre les progrès accessibles et de clarifier la façon dont les initiatives sont structurées. À mesure que l’écosystème gagnera en maturité, il deviendra plus simple pour les investisseurs de s’y engager. »

Au Canada, le marché du sport professionnel féminin a doublé en deux ans, atteignant environ 380 à 400 millions $ en 2025, avec des projections à 570 millions $ d’ici 2030⁶. Les Roses de Montréal incarnent ce dynamisme, dépassant les attentes dès leur première année.

L’investissement ne doit pas se limiter aux terrains. Il faut aussi soutenir la place des femmes dans les sphères décisionnelles du sport. Caitlin insiste :

« Il est très important pour notre société que les filles puissent envisager un avenir tant sur le terrain de soccer que dans la “loge des propriétaires”. »

De la loge des propriétaires à la présidence des conseils d’administration d’organismes sportifs, il y a des efforts à faire. Au Québec, seuls 22 % des sièges dans les conseils d’administration sportifs étaient occupés par des femmes, et seulement 19 % des présidences⁷. Égale Action, tout comme l’AFFQ, travaillent notamment à corriger ces déséquilibres. Investir ces espaces décisionnels, c’est aussi offrir aux jeunes filles des modèles visibles dans ces postes stratégiques pour qu’elles s’y projettent, sur le terrain comme dans les bureaux.

3.  Quel impact pour la finance ?

Au-delà du leadership, souvent mis de l’avant, d’autres compétences clés émergent à travers le sport, rendant les femmes plus aptes à naviguer dans des environnements complexes comme la finance.

Parmi elles, la gestion des émotions, la communication, la résolution de problèmes, l’empathie, l’intelligence relationnelle ou encore l’auto-efficacité deviennent des atouts majeurs en contexte professionnel.

Comme le résume Cassandra :

« Le sport ne forme pas un seul type de leader. Il forme des femmes complètes, capables de se connaître et de se dépasser. »

Des initiatives comme Filles actives permettent de continuer à développer ces compétences dès l’adolescence. Touchant près de 9 000 jeunes filles au Québec chaque année, l’organisme mise sur l’activité physique comme levier de confiance et de persévérance auprès des adolescentes. Leur programme a fait augmenter l’activité physique des participantes de 23 % en un an, un indicateur de l’élargissement du bassin de futures leaders grâce au maintien du sport dans leur vie.

Ce type d’initiative montre que le mouvement est déjà en marche. Mais pour changer d’échelle, l’engagement collectif et financier demeure essentiel.

En conclusion,

Le sport féminin est un levier discret mais puissant, qui façonne bien plus que des performances athlétiques. Il prépare les jeunes filles à relever des défis complexes, à prendre leur place et à s’engager pleinement dans leur parcours.

Pourtant, ce cheminement reste fragile, dépendant des choix et des investissements que nous faisons aujourd’hui.

Reste à savoir si nous investirons là où se construisent réellement les leaders de demain.

Pour se faire, et à l’approche des Grands Entretiens de l’AFFQ en mai 2026, la communauté financière se rassemble pour imaginer, débattre et agir concrètement en faveur du sport et du leadership féminin. Venez prendre part à cette discussion essentielle le …. mai prochain. 

« En soutenant les sports féminins, on multiplie les modèles visibles pour les jeunes filles et on contribue à élargir le bassin des futures leaders. » Caitlin Rose



Sources

¹ Femmes et sport au Canada, Fondation Bon Départ Canadian Tire, étude Signal de ralliement, 2020

² Ernst & Young, Why a female athlete should be your next leader, 2023

³ Parity Now, analyse sectorielle sur le sponsoring sportif féminin, 2024

Women’s Sports Foundation, Play to Lead: The Generational Impact of Sports on Women’s Leadership, 2024

Sportsnet.ca, Participation des filles au sport au Canada, 2024

Canadian Women & Sport, It’s Time: Leading the Next Era of Growth, Business Wire, 2025

Rapport de recherche, Le leadership au feminin dans les organisations sportives québécoises, 2022

Women’s Sports Foundation (2024), Play to Lead: The Generational Impact of Sports on Women’s Leadership Canadian Women & Sport (2025), It’s Time: Leading the Next Era of Growth

Fillactive, Rapport annuel 2022‑23, projet de recherche

 

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